publié le : 07-02-2011

07/02/2011

Ces derniers jours, de nombreuses voix se sont élevées contre les mouvements sociaux qui perturbent les ports français, et plus particulièrement celui de Marseille. Alors que les attaques se font de plus en plus pressantes, la Fédération Nationale des Ports et Docks CGT campe sur ses positions dans le dossier des départs anticipés à la retraite pour cause de pénibilité. Mais, dans la bataille pour le soutien de l’opinion publique, les détracteurs du syndicat semblent marquer des points. Faisant figure de symbole, la situation au port de Marseille, au coeur des grands mouvements sociaux de ces dernières années, a subi en fin de semaine dernière un pilonnage en règle. Des extraits d’un rapport de la Cour des comptes ont, ainsi, été publiés dans la presse. Dans ce document, dont la version définitive doit être dévoilée dans quelques jours, les magistrats critiquent vertement la gestion et le fonctionnement du premier port de France. « Il manque au port de Marseille que s’y applique l’Etat de droit », affirme la Cour, qui pointe de nombreuses défaillances sur les temps de travail, l’omniprésence des conflits sociaux et les pratiques locales du dialogue social. La Cour des Comptes s’étonne également des rémunérations des grutiers du port phocéen au regard des horaires de travail effectués. « Depuis 40 ans on a laissé les choses aller, il faut que l’Etat se ressaisisse et fasse appliquer la loi », a estimé Roland Blum, député UMP des Bouches-du-Rhône et premier adjoint au maire de Marseille. 

« Désastre annoncé »

Du côté des professionnels, le rapport de la Cour des comptes est évidemmnt très commenté. « Les magistrats apportent une confirmation incontestable sur les conditions de travail et de rémunération des agents portiqueurs du port, dévoilées l’été dernier et pourtant récusées par la CGT. Le rapport met en évidence d’autres dysfonctionnements qui ont pour conséquence des surcoûts supportés par les navires et la marchandise », explique l’Union Maritime et Fluviale de Marseille-Fos. Cette dernière se félicite que « la Cour des comptes se soit enfin saisie de ces sujets tabous, jamais portés jusqu’alors sur la place publique, et que plus personne ne pourra désormais ignorer ». Dans la plupart des ports français, les organisations professionnelles réclament un retour rapide à la normale. Car, disent-elles, le conflit met à mal la crédibilité des ports français, fait fuir les armateurs vers d’autres ports européens et fragilise le tissu économique local. « A l’heure de ce désastre annoncé, nous ne nous soucions plus de savoir si la position des uns et des autres est légitime. L’heure est au constat. Les entreprises sont fragilisées, usées et lassées par tous ces mouvements qui les mettent en péril », explique-t-on à l’Union Maritime de La Rochelle, l’un des 7 Grands Ports Maritimes français. Et le conflit ne perturbe pas uniquement les GPM. Les ports secondaires, comme Brest et Lorient, sont également touchés et, sur place, l’exaspération est aussi palpable. « Le blocage des ports par les dockers détruit nos emplois, nos entreprises et nos exploitations agricoles », dénonce Hervé Vasseur, président de l’association des fabricants d’aliment du bétail (AFAB) et l’un des porte-parole du Collectif pour la libération des ports de commerce bretons. 

La CGT dénonce une manoeuvre gouvernementale

Pour la CGT, c’est le gouvernement qui détient la « clé » qui peut faire cesser la grève. En clair, accepter une anticipation de départ à la retraite de 4 ans, contre les 2 années proposées par le gouvernement. Dans un entretien à paraître ce lundi dans L’Humanité, Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, estime que « le gouvernement porte la totale responsabilité » du conflit qui dure depuis un mois. Concernant la Cour des comptes, la Fédération Nationale des Ports et Docks CGT estime que le rapport « fustige de manière honteuse » la situation à Marseille. Le syndicat, qui affirme que le problème du port tient surtout au « désengagement de l’Etat », dénonce une « manoeuvre gouvernementale » consistant à « discréditer le mouvement social des travailleurs portuaires français sur la pénibilité ». 
Interrogé hier sur le sujet, le patron de la CFDT n’a, quant à lui, pas été tendre avec la CGT. François Chérèque a, en effet, estimé que le système syndical dans les ports français n’était « pas tout à fait démocratique » et qu’il existait « un corporatisme qui met en difficultés les bassins économiques ». Selon lui : « La situation syndicale dans les ports est bien particulière. Depuis la Libération, nous sommes dans un syndicalisme unique, où ce sont les syndicats qui font l’embauche, à savoir la CGT ». Au sujet du conflit actuel, le secrétaire général de la CFDT a, néanmoins, déploré que le gouvernement revienne sur l’accord conclu fin octobre entre les syndicats et le patronat sur la question de la pénibilité. Selon la CGT, cet accord portant sur une anticipation de 4 ans avait été validé par le directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Ecologie et des Transports. Mais, suite au remaniement ministériel de novembre, l’Etat a décidé de ne pas valider cet que le syndicat présente comme un « engagement ».