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publié le : 11-01-2012

11/01/2012

La mort de SeaFrance, dont le tribunal de commerce de Paris a prononcé lundi la liquidation judiciaire avec cessation d’activité, ouvre la voie au rapprochement de Louis-Dreyfus Armateurs et du groupe danois DFDS. Les deux opérateurs avaient initialement présenté une offre de reprise partielle de SeaFrance au travers d’une société commune. Mais leur proposition avait été écartée par le tribunal de commerce, qui avait estimé que le prix avancé pour la reprise des actifs était bien trop faible. LDA et DFDS avaient alors la possibilité de reformuler leur offre, ce qu’ils n’ont pas fait face à l’opposition d’une majorité de salariés, emmenés par la CFDT Maritime Nord, syndicat ultra-majoritaire de SeaFrance, farouchement opposée à cette solution et portant elle-même son propre projet : une reprise de la compagnie par les salariés, au travers d’une Société coopérative et participative (SCOP). Accusant la CFDT de refuser toute discussion, LDA et DFDS ont finalement jeté l’éponge, laissant seul en lice le projet de SCOP. Mais ce dernier, faute de financement (50 millions d’euros étaient nécessaires), n’a pas convaincu le tribunal de commerce, qui a donc mis fin à l’existence de SeaFrance.


Ultime manoeuvre de la SCOP

Aujourd’hui, SeaFrance est morte et enterrée. La société n’existe plus et ses actifs, à commencer par ses quatre navires (les ferries Berlioz, Rodin et Molière, ainsi que le fréteur Nord Pas-de-Calais) vont être vendus aux enchères afin d’éponger les dettes de la société (estimées à 190 millions d’euros), qui était filiale à 100% de la SNCF. Les 880 salariés vont, quant à eux, recevoir dans les deux prochaines semaines leurs lettres de licenciement. La CFDT Maritime Nord et la SCOP, qui existe juridiquement, tentent une dernière manoeuvre avec Eurotunnel, qui a annoncé lundi, à la surprise générale, sa volonté de racheter d’ex-navires de SeaFrance pour les louer à la coopérative ; tout en continuant de jouer la carte de la création d’une société d’économie mixte avec les collectivités locales, qui seraient prêtes à mettre 15 millions d’euros sur la table. Des réunions étaient prévues hier, à Calais, où s’est notamment rendue Nathalie Kosciusko-Morizet. Mais la ministre n’est pas allée dans ce sens, évoquant simplement la proposition de LDA d’embaucher 300 personnes dans le détroit (voir plus loin) et les possibilités de reclassement offertes par la SNCF, maison-mère de SeaFrance. C’est Thierry Mariani, quelques heures plus tard, qui a dévoilé les propositions du groupe ferroviaire. Celui-ci va proposer aux ex-SeaFrance 500 offres d’emploi, avec des aides, notamment en matière de déménagement, pouvant aller jusqu’à 10.000 euros ; ainsi qu’une prise en charge d’une formation, a précisé le ministre. Cette solution de reclassement avait déjà été rejetée par la CFDT Maritime Nord, qui souhaite maintenir l’emploi à Calais. Toutefois, malgré une tentative syndicale de la dernière chance, le gouvernement semble donc enterrer la piste de la SCOP, qu’il ne considère pas viable. Mais il se protège politiquement, en cette période sensible électoralement, en proposant, entre les recrutements potentiels chez LDA et les reclassements à la SNCF, d’éviter à 800 salariés de se retrouver au chômage.

Au moins deux navires sous pavillon français dans le détroit

Et pendant ce temps, LDA et DFDS abattent leurs cartes. Rejetés par les leaders syndicaux de SeaFrance, les deux opérateurs annoncent comme on pouvait s’en douter leur renforcement sur le détroit. Hier, LDA a confirmé sa volonté de positionner deux navires au minium dans le détroit du Pas-de-Calais et d’embaucher au passage 300 personnes, par exemple chez les ex-salariés de SeaFrance. « Notre offre industrielle de reprise de SeaFrance avait été refusée, il y a quelques semaines, par le tribunal de commerce. Il n’avait pas été possible de présenter cette offre au personnel de SeaFrance, comme nous le souhaitions. Face à cette situation et pour préserver ce qui peut l’être, nous envisageons aujourd’hui avec notre partenaire DFDS, un nouveau projet certes moins ambitieux mais porteur d’emplois et cohérent sur le plan industriel », explique l’armateur français, avant de poursuivre : « Notre objectif est d’opérer au moins deux navires sous pavillon français sur le détroit, navires armés uniquement avec des marins français. Ainsi, nous voulons reconstruire la ligne et reconquérir la clientèle. Pour cela nous embaucherons environ 300 personnes (dont apparemment 240 navigants, ndlr) et allons démarrer cette campagne de recrutement le plus rapidement possible. Les navires qui seront utilisés sur cette ligne seront soit des navires actuellement propriété des groupes Louis Dreyfus Armateurs et DFDS, soit disponibles sur le marché ».

Selon toute vraisemblance, LDA va continuer d’utiliser le ferry Norman Spirit, déjà armé sous pavillon français et affrété entre Dunkerque et Douvres depuis le mois dernier par DFDS (en plus de ses trois ferries sous pavillon britannique) qui a, comme les autres opérateurs du détroit (P&O Ferries et Eurotunnel) augmenté ses capacités pour compenser l’arrêt des rotations de SeaFrance le 15 novembre. Quant au second bateau, il pourrait s’agir soit du Norman Voyager, actuellement exploité entre Le Havre et Portsmouth et qui va être ré-immatriculé en France d’ici la fin du mois, ou encore, pourquoi pas, du Côte d’Albâtre. Ce navire est propriété du Conseil général de Seine Maritime, pour le compte duquel LDA, au travers de sa filiale LD Transmanche Ferries, exploite une délégation de service public entre Dieppe et Newhaven. Le trafic sur cette ligne n’est toutefois pas suffisant pour exploiter deux navires. C’est pourquoi seul le Seven Sisters, jumeau du Côte d’Albâtre, continue d’assurer le service. Quant à l’équipage français du second ferry, il a été affecté il y a quelques mois au Norman Spirit de LDLines (une autre filiale de LDA) et se retrouve donc aujourd’hui à naviguer entre Dunkerque et Douvres.

Vers une société commune LDA/DFDS

Pour DFDS et LDA, la fin de SeaFrance devrait sceller un rapprochement initié il y a quelques mois. Dans les prochains jours, les deux armateurs devraient annoncer la création d’une joint venture. « On s’oriente vers une société commune, tel que cela avait été imaginé initialement pour la reprise de SeaFrance », explique-t-on dans l’entourage des opérateurs. En toute logique, DFDS détiendrait une participation majoritaire dans la nouvelle structure, qui exploiterait toutes les unités des deux compagnies affectées au détroit. A ce titre, les dirigeants de LDA et DFDS doivent rencontrer aujourd’hui les représentants du personnel afin de présenter le nouveau projet industriel imaginé suite à la liquidation de SeaFrance. Pour LDA, le rapprochement avec DFDS sera probablement l’occasion de simplifier, au niveau opérationnel et social, son organisation à filiales multiples. Et le groupe français en profiterait pour s’adosser à un poids-lourd européen majeur du transport de fret et de passagers, une activité sur laquelle LDA est un acteur très récent (2005), qui a rencontré ces dernières années des fortunes diverses (réussite de la ligne Le Havre - Portsmouth, maintient à flot de la DSP Dieppe-Newhaven et succès de l’autoroute de la mer Montoir-Gijon, mais échecs des liaisons vers l’Irlande, des triangulaires entre la Normandie et le détroit, de l’ADM Toulon-Civitavecchia ainsi que de l’implantation à Boulogne). Dans un contexte difficile pour le marché des ferries, particulièrement dans le transmanche, il serait donc logique que l’armement français, pour consolider ses positions, verse à la nouvelle société commune une grande partie, si ce n’est l’ensemble de ses activités sur ce segment. Si tel est le cas, les syndicats réclameront évidemment des garanties, notamment à DFDS, quant au maintient et au développement de l’emploi français, sans oublier le respect des conventions collectives.