publié le : 12-04-2012

12/04/2012

Deux porte-conteneurs sont à quai. Un petit Mistral, « mais pas assez pour nous empêcher de travailler », constate un des portiqueurs. Le terminal de Mourepiane, aujourd’hui, est le siège d’une activité intense. Après des mois de tempête sociale, notamment lors de la réforme portuaire, le terminal des bassins phocéens essaie de se relancer dans la course au conteneur. 
A côté du géant de Fos2XL, le petit poucet marseillais, qui a traité en moyenne 10.000 boites par mois l’an passé (soit 15.000 EVP - Equivalent Vingt Pieds, taille standard du conteneur), tente de jouer sa carte. Sébastien Latz était jusque récemment le directeur d’Intramar, la société gestionnaire du terminal. Il a vécu la mutation des bassins Est, le transfert du personnel Grand Port Maritime de Marseille vers une société privée et a oeuvré à la relance d’une activité très fragilisée dans la place. 

Un recentrage sur le conteneur 

« En juin 2010, la société Intramar, qui gérait la manutention des bassins Est, a lancé un plan de relance, parallèlement et en prévision de l’application de la réforme portuaire », explique-t-il. Héritière d’une histoire de plus de cinquante ans de manutention sur les bassins Est, la société, alors codétenue par Terminal Link (filiale de CMA CGM) et le groupe DP World, veut redynamiser Mourepiane. Un nouveau nom est donné à l’activité conteneur, qui devient Med Europe Terminal. Le roulier est transféré au groupe Ro-Ro Marseille, Intramar se recentre sur les boîtes et le vrac (environ 10% de l’activité avec des trafics de blé, sucre et ciment). L’an dernier, Terminal Link reprend l’intégralité du capital. 
2011 a aussi été l’année de l’application de la réforme portuaire, lancée en 2008 par le gouvernement et dont la mise en oeuvre a été particulièrement compliquée sur la place marseillaise. « Nous avons intégré une quarantaine de portiqueurs en juin 2011 dans notre filiale STS. Les négociations sociales ont été longues et difficiles mais nous avons fini par trouver un terrain d’accord ». Les shifts (temps de travail dans le portique) sont passés de 6 à 7 heures, pour notamment permettre une ouverture de deux heures supplémentaires du terminal. Toutes les mesures d’exploitation ont été négociées avec les partenaires sociaux et un système de primes liées à la productivité introduit. « Depuis, nous n’avons pas eu un jour de grève ».
Les effectifs cumulés d’Intramar STS et Intramar s’élèvent désormais à 120 personnes. « Nous avons beaucoup travaillé, dans notre plan de relance, sur la sécurité de notre personnel, nous affichons un taux d’accident de 2% », précise Sébastien Latz. 

21.8 mouvements par heure et par portique 

Intramar a récupéré l’exploitation des quatre portiques du quai de Mourepiane. « Nous avons entrepris des gros efforts pour optimiser l’utilisation de nos machines, notamment pour améliorer leur disponibilité ». Des investissements en maintenance préventive ont permis de réduire sensiblement le taux des pannes. Et d’améliorer la productivité. « Nous souffrons ici d’une mauvaise réputation sur notre productivité. Mais le constat est là : depuis la mise en place de notre plan, tant au niveau du personnel que du matériel, nous avons réussi à faire passer les cadences du terminal de 17 mouvements/heure à 21.8 mouvements/heure. Ce qui, compte tenu de notre matériel et du type d’escale, est un seuil de productivité très honorable ». Pour regagner la confiance des clients et chargeurs échaudés par des années de retard, Intramar a choisi de jouer la carte de la communication et de la transparence. « Toutes les semaines, nous affichons un récapitulatif de nos performances terrestres et maritimes. Ceci permet à nos clients de voir notre niveau de productivité et le temps d’attente sur le terminal. Cela ne s’était jamais fait en France ». 

Les résultats tardent à venir 

Beaucoup d’efforts et de bonne volonté donc. Et pourtant les résultats ne sont pas encore au rendez-vous. La barre mensuelle des 10.000 boîtes a du mal à être franchie. Sebastien Latz le déplore. « Bien sûr, ce n’est pas Fos ici, il y a la crise économique, mais je suis sûr qu’il y a au moins 2500 boîtes par mois que nous pourrions récupérer, notamment sur le trafic export et sur les marchés des bassins lyonnais et suisse, pouvant être aisément reliés d’ici et qui, pour l’instant, passent par Anvers ». Le trafic traditionnel de Mourepiane, le continent africain et l’Est de la Méditerranée (Israël et Turquie notamment) souffre. « Nous avons perdu des marchés qui sont allés vers Sète ou Fos ou même à l’étranger. Certains acteurs, y compris marseillais, n’ont pas franchement joué le jeu au moment où nous avions besoin d’un coup de pouce et nous travaillions pour faire vivre ce terminal ».